mercredi, 22 avril 2009
L'Europe, une invention indispensable, par Michel Rocard
L'excellent Michel Rocard à donné hier une conférence à Strasbourg à laquelle j'ai pu assister. Personnellement j'admire beaucoup la pensée politique de Michel Rocard, d'une grande qualité d'analyse, toujours loin des idées reçues. Il rend l'économie et l'histoire de la social-démocratie très abordable.
L'Europe c'est d'abord la paix, cela est important à rappeler après des années de guerre sur notre continent. Aujourd'hui, selon lui « la France et l'Allemagne sont mariées ».
C'est ainsi que les pères de l'Europe ont créés selon lui « des interdépendances techniques ne faisant pas peur »...c'est d'abord cela la CECA, puis l'EURATOM.
Quand l'idée de mettre en commun la douane est arrivée sur le tapis, Jean Monnet aurait dit « ça manque de noblesse tout ça... » ; Et voilà née la CEE.
Et bien oui, c'est ça l'Europe ! Michel Rocard y porte un regard lucide, mais malheureusement assez pessimiste pour l'avenir.
Il note tout de même, les grands succès économiques, l'Europe étant devenue la 1ère économie du monde.
Et ce sont les anglais qui en ont pris pour leur garde... En effet, depuis l'entrée de l'Angleterre, l'Europe politique est morte. Depuis on ne touche plus ni à la fiscalité, ni aux droits sociaux, ni à la justice, ni aux affaires étrangères (on a laissé faire une guerre à nos portes en Yougoslavie). Et cela est bigrement vrai...
Malheureusement, Michel Rocard ne propose pas de construire une avant-garde européenne, qui pourrait être la zone euro, donc ...sans l'Angleterre.
Il termine néanmoins sur une note plutôt positive. C'est l'Europe qui est la zone de monde où il existe des politiques publiques puissantes tout en garantissant une vraie liberté. Nous avons ce message à porter au monde, message qui devra être entendu pour sortir de la crise.
Article des DNA du 22/04/09
Michel Rocard, le politique sans langue de bois
Michel Rocard a fait salle comble hier aux conférences Gutenberg, à Strasbourg, sous des applaudissements nourris. Pas étonnant car l'ancien Premier ministre et député européen possède une vertu rare chez un homme politique : il parle sans démagogie et sans incantations.
Le sujet de la soirée, « L'Europe, une invention indispensable », Michel Rocard l'a traité sous ses deux aspects indissociables : l'histoire douloureuse du continent et sa marche vers l'intégration par les liens commerciaux pour aboutir au grand défi d'aujourd'hui, la crise économique et financière.
L'Histoire, on la connaît. Si les Européens se sont tant déchirés, c'est parce que les ancêtres des Français et des Allemands se sont disputés les lambeaux du seul empire vraiment européen et multiethnique : celui de Charlemagne. Avec une bonne vingtaine de guerres jusqu'aux derniers conflits mondiaux.
Voilà pourquoi l'Europe ne pouvait se construire que dans la réconciliation franco-allemande et il était impossible de faire cette Europe par la voie politique : « On ne peut pas demander à un Parlement ou à un gouvernement de baisser le drapeau national ». Sont venus la CECA, l'Euratom, enfin le Marché Commun à Six - six « parce que Belges, Néerlandais, Italiens et Luxembourgeois avaient peur de voir la France et l'Allemagne se partager le marché du charbon et de l'acier ».
« Vue de l'extérieur, l'Europe est quelque chose d'inouï »
Malgré des progrès, une Europe politique semble impossible : la Grande-Bretagne (« j'aime les Anglais, ils sont très intelligents et suivent toujours et sans gêne leurs buts ») oppose son veto à tout projet qui mènerait à plus d'intégration, par méfiance atavique du continent.
Pourtant, « vue de l'extérieur, l'Europe est quelque chose d'inouï. Elle a apporté une formidable croissance, le Marché Commun a lancé les trente glorieuses, grâce aussi à l'économie de marché ». Une économie de marché pour laquelle plaide le social-démocrate Rocard, du moins telle qu'elle a existé jusque dans les années 1980 avec « de hauts salaires » lançant la consommation. Une économie qui a fait la force de la Communauté européenne tant qu'elle a été basée sur un tissu social (la sécurité sociale), du keynésianisme, et « cette idée géniale, ce traité d'économie qui tient en seule phrase signée Henry Ford : je paye bien mes ouvriers pour qu'ils achètent mes voitures »
Puis est venu le temps des fonds d'investissements et « hedge funds », le temps de la finance, le temps de la crise actuelle. En sortir, « peut-être de G20 en G20 », est le nouveau défi de l'Europe. Non pas pour ses institutions discrètes et inaudibles mais pour les dirigeants politiques qui sauront outrepasser ces institutions. Ainsi, Gordon Brown le keynésien et Nicolas Sarkozy le pragmatique ont su, l'automne dernier, donner pour la première fois une vraie impulsion pour affronter la crise.
Le Parlement européen à Strasbourg est menacé, selon lui
Mais rien n'est gagné. S'il n'est pas foncièrement pessimiste, l'économiste Rocard ne pèche pas non plus par optimisme. Tout peut encore arriver et le pire serait la disparition de l'euro avec de multiples conséquences politiques.
Voter le 7 juin ? Michel Rocard comprend que les électeurs se désintéressent de ce scrutin : « L'Europe est compliquée et on se garde d'expliquer ce qui est compliqué ». L'adhésion de la Turquie ? L'ancien Premier ministre est pour en invoquant plusieurs raisons dont une géopolitique : le pétrole de la Caspienne est aux mains des Etats turcophones de l'Asie centrale. Mieux vaut qu'ils se tournent vers l'Europe par la Turquie européenne que vers l'intégrisme islamiste.
L'avenir du Parlement européen à Strasbourg ? Michel Rocard n'y croit pas. « Strasbourg l'aura encore pour dix ou quinze ans, jusqu'à ce que le Parlement décide en toute souveraineté... » On l'a dit, Michel Rocard ne parle pas la langue de bois.
Jean-Claude Kiefer
Sur cette page le podcast complet de la conférence
22:19 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : europe, rocard
samedi, 23 juin 2007
Un mini traité, pour une mini ambition ?
Voila ce qui deviendra un nouveau traité européen , malheuresement seulement règlement intérieur de l'union européenne. Mais je pense qu'on ne pouvait espérer mieux pour le moment.
Ce qui disparaît, par rapport au texte de la Constitution rejetée en France et aux Pays-Bas :
- Le terme de Constitution.
- La référence aux symboles, même si ceux-ci continuent d'exister : le drapeau aux douze étoiles, l'hymne (l'Ode à la joie), la devise ("L'Union dans la diversité"), et la mention "La monnaie de l'Union est l'euro".
- La partie III du traité constitutionnel fixant les politiques et le fonctionnement de l'Union. Ses articles, portant sur le marché intérieur, la concurrence, l'agriculture, l'Union monétaire, la coopération judiciaire et policière, etc., retrouvent leur place dans les traités existants, que la Constitution devait remplacer.
Ce qui est maintenu sans grande modification :
- Les principales innovations institutionnelles : la présidence stable de l'Union pendant deux ans et demi, au lieu d'une présidence tournante du conseil tous les six mois; la composition réduite de la Commission européenne.
- Dans l'article sur les objectifs de l'Union, Nicolas Sarkozy a obtenu de biffer une référence à la concurrence "libre et non faussée". Mais ce principe est maintenu dans les traités existants. Il est ajouté, à la demande de Paris, que l'Union "contribue à la protection de ses citoyens".
- L'extension des domaines à majorité qualifiée, en particulier en matière de coopération judiciaire en matière pénale et de coopération policière. Cette réforme se traduit par une augmentation des pouvoirs du Parlement européen, colégislateurs dans ces domaines avec le conseil des ministres. Afin de rassurer le Royaume-Uni, qui craignait de nouveaux transferts de souveraineté, elle s'accompagne de la mise en place d'un mécanisme destiné à faciliter les coopérations renforcées entre les Etats désireux d'aller de l'avant.
- La délimitation des compétences entre l'Union et les Etats membres : l'Union douanière, le commerce, la concurrence, la politique monétaire demeurent des compétences exclusives de l'Union. La politique sociale, le marché intérieur, l'énergie, la recherche restent des compétences partagées avec les Etats.
- La personnalité juridique unique de l'Union est maintenue, avec la fusion des trois piliers qui permettaient de distinguer les politiques gérées selon les méthodes communautaires (1er pilier), la politique étrangère et de sécurité commune (PESC, 2e pilier) et la coopération judiciaire et policière (3e pilier). A la demande de la France, et du Royaume-Uni, le caractère "intergouvernemental" de la PESC est cependant ancré dans le traité. Les Britanniques ne sont pas parvenus à dépecer les attributions de l'ex-ministre des affaires étrangères, rebaptisé "haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité". Il disposera, comme prévu par la Constitution, d'un service diplomatique, et conservera sa position à cheval entre la vice-présidence de la Commission et la présidence du conseil des ministres des affaires étrangères.
- Le droit d'initiative citoyenne, qui permettra à un million de citoyens d'inviter la Commission à soumettre une proposition.
- La référence aux héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe Ce qui est maintenu, mais évolue : – La Charte des droits fondamentaux, qui constituait la partie II de la Constitution, ne sera pas reprise in extenso. Elle fait l'objet d'une référence lui donnant une force juridique contraignante. Ce qui revient au même selon les juristes. Le Royaume-Uni est exempté de son application.
- A la demande du Royaume-Uni, la primauté du droit européen sur le droit national n'est pas réaffirmée dans le traité proprement dit. Mais ce principe fait l'objet d'une déclaration renvoyant à la jurisprudence de la Cour de justice.
- La règle de la double majorité, qui stipule qu'une décision doit être prise par 55% des Etats membres et 65% de la population, subsiste pour l'essentiel. Mais son application est reportée à 2014 à la demande de la Pologne. Pendant une phase de transition, de 2014 à 2017, un pays pourra demander de voter selon les règles du traité de Nice. De plus un mécanisme permettra à un groupe d'Etats qui approche la minorité de blocage d'obtenir une poursuite de la négociation en vue d'une solution.
- Le rôle des Parlements nationaux est renforcé : la période qui leur est accordée pour examiner un texte passera de six à huit semaines; la Commission devra justifier une décision, la revoir ou la retirer, si elle est contestée à la majorité simple des voix attribuées aux Parlements nationaux. Ce qui est nouveau : – Un protocole sur les services publics, demandé par les Pays-Bas avec le soutien des Français, qui souligne l'importance des services d'intérêt général, met l'accent sur les "valeurs communes" de l'Union, mentionne "le rôle essentiel et la grande marge de manœuvre des autorités nationales, régionales et locales".
- Si les "critères de Copenhague" imposés aux pays candidats à l'adhésion ne sont pas mentionnés explicitement, comme le demandaient les Pays-Bas, le texte précise que "les critères d'éligibilité ayant fait l'objet d'un accord du Conseil européen sont pris en compte".
20:10 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe















