mardi, 30 juin 2009
Guy Verhofstadt : Comment l'Europe peut sauver le monde
Guy Verhofstadt a été élu aujourd'hui à la tête du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), succédant ainsi au Britannique Graham Watson. Il faut dire qu'il n'avait pas de concurrence pour cette élection tant son C.V. en fait une personnalité européenne de premier plan.
Guy Verhofstadt a été le Premier ministre de la Belgique de 1999 à 2008. Il avait été pressenti pour succéder à Romano Prodi à la tête de la Commission européenne en 2004. Cependant, ses positions fédéralistes, son opposition à la guerre en Irak, lui ont values un refus des Britanniques.
A lire absolument, l'ouvrage que Guy Verhofstadt consacre aux conséquences de la crise et à la réponse politique, nécessairement européenne selon lui, à apporter pour un rebond rapide de notre économie.
L'ouvrage, Sortir de la Crise au sous titre ambitieux : Comment l'Europe peut sauver le monde.
Il présente tout d'abord une analyse et un diagnostic précis des événements, à partir desquels il élabore des propositions de réformes fondamentales.
Pour lui c'est une « fusée à plusieurs étages » dont nous avons besoin, « dont l'étage inferieur stabilise les marchés financiers, dont l'étage intermédiaire lance un Europlan et l'étage supérieur installe un gouvernement qui préserve les fondamentaux économique de l'Union »
La faillite du modèle de croissance américain basé sur l'endettement et la consommation place l'Europe dans une position de leader pour mener des actions de sortie de crise.
Nous avons besoin d'une « mondialisation de la politique » afin de réguler ce qui ne l'a pas été jusqu'à présent, de mieux réguler dans d'autres cas, et faire revenir la confiance.
C'est ensuite que l'on peut sereinement envisager une politique de relance, au niveau européen, qu'il appelle l'Europlan. Il s'agit de faire beaucoup plus que la juxtaposition des 27 plans de relances nationaux. Il ne préconise pas de faire du défit actif (allocations ou baisse d'impôt), mais un plan d'investissement qui permettra « de passer de l'ancienne économie fossile vers une nouvelle société durable ». Mais attention, ces « investissements doivent générer une recette minimale sur le long terme. »
Pour financer cet Europlan (plus de 400 milliards d'Euros), il préconise la création d'un marché obligataire européen par l'émission euro-obligations.
Voilà un ouvrage, très précis et bien argumenté et qui plus que jamais, est un plaidoyer pour l'Europe.
23:10 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
mercredi, 10 juin 2009
Et après ?
Voici mon analyse personnelle des résultats des élections européennes de dimanche dernier et plus particulièrement des scores du MoDem.
Je pense qu'il y a deux erreurs à éviter pour bien pouvoir en tirer des conclusions politiques :
Tout d'abord, penser que le dérapage verbal de François Bayrou jeudi soir sur France2 a couté l'élection : les sondages montraient un tassement du MoDem et une montée d'Europe Ecologie une semaine avant et se sont avérés vrais.
Peut-être avons-nous perdu un ou deux points à cause de cet événement ; nous aurions alors été autour de 10%, mais cela aurait quand même été un score très faible. C'est donc dans l'ensemble de la campagne qu'il faut chercher des explications.
Ensuite, il ne faut pas penser que nous n'avons pas assez parlé d'écologie et pas assez mis en avant nos candidats écologistes. Si on prend cette théorie par l'absurde, cela revient à dire que si que l'UMP est devant nous, c'est parce que nous n'avons pas eu de discours assez sécuritaire ! Rien ne sert de courir après un autre électorat. Les écologistes seront toujours plus crédibles que nous pour un électeur qui veut voter écolo.
Europe-Ecologie a essentiellement récupéré un électorat de gauche, issu essentiellement du PS. La comparaison en nombre de voix avec d'autres élections le montre clairement. Les déçus du PS ont trouvé une voie, et ce n'est pas au MoDem qu'ils sont allés.
En revanche, la seule chose qui nous a fait mal de leur part, c'est qu'Europe-Ecologie a su capter un électorat pro-européen, par un message et une campagne uniquement axée sur l'Europe.
La famille politique centriste, très attachée à l'Europe, a été heurtée par la campagne - jugée hors contexte - menée depuis Paris. Notre projet européen n'a jamais été mis en avant au cours d'une campagne pourtant longue. Défendre nos idées, et mobiliser notre électorat est le principal enseignement qu'il faudra retenir.
Nous avons passé deux ans à taper sur le gouvernement et Sarkozy et nous n'avons plus défendu nos idées et nous n'avons plus été une force de proposition. Cette posture n'est plus tenable.
En Alsace, dans l'analyse des résultats bureau de vote par bureau de vote, on constate que nous réalisons des scores légèrement meilleurs là où...surprise, l'UMP réalise ses plus gros scores. Et ceux-ci sont plutôt réalisés à l'extérieur de Strasbourg où nous dépassons les 10% partout. Des terres où la fidélité au vote centriste résiste ! La stratégie qui consiste à dire que nous allons gagner un électorat plus urbain s'avère erronée également.
La déception provient essentiellement du type de scrutin et de la thématique, deux éléments qui auraient dû nous être favorables. Or, nous réalisons des scores plus faibles qu'aux cantonales à Strasbourg, plus faibles qu'aux législatives (bien sûr, meilleur quand même qu'aux municipales) et surtout moins bons que l'UDF de 2004... et c'est bien là l'échec pour notre mouvement qui a l'ambition de rassembler plus largement.
Le bilan peut se résumer en une phrase : nous avons perdu à droite ce que nous n'avons pas gagné à gauche.
19:01 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
dimanche, 07 juin 2009
Deux conceptions de l'Europe s'affrontent
En attendant les résultats, un article du Monde qui résume un peu les programmes, dont on aurait vraiment pu parler plus tôt !
Morne campagne européenne. Un mois de débat pour ne retenir qu'une polémique sans enjeu immédiat sur la Turquie, ravivée par Nicolas Sarkozy, et un pugilat entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou. Quatre ans après la campagne passionnelle du référendum sur la Constitution européenne, la France a-t-elle épuisé le débat européen ?
Les programmes des principaux partis de gouvernement révèlent un retour à des clivages traditionnels, mais nets.
L'UMP a une vision intergouvernementale inspirée de la pratique du pouvoir par Nicolas Sarkozy sous la présidence française de l'Union européenne (UE), plus libérale et plus sécuritaire sur l'immigration. Le Parti socialiste a un projet plus social, qui ferait de la Commission l'embryon d'un gouvernement européen. Les Verts proposent un programme encore plus fédéral, dopé par l'acuité de la question environnementale, tout comme le MoDem. Mais le discours européen de ce dernier est rendu peu audible par l'ambition présidentielle de François Bayou et sa posture antilibérale et anti-OTAN, contraire à la tradition centriste.
Ces clivages peuvent apparaître ténus en comparaison des querelles fondamentales qui divisaient naguère les Français. Elles se sont estompées, sous l'effet du temps et de la crise. Nul ne conteste plus l'euro, qui a protégé le Vieux Continent dans la tempête financière. Le procès en ultralibéralisme de l'Europe est moins virulent, gouvernements et banquiers centraux ayant su s'asseoir sur les dogmes d'hier pour limiter la catastrophe financière. L'élargissement de 2004, qui avait suscité la peur du fameux plombier polonais, est désormais accepté.
Enfin, la querelle entre souverainistes et fédéralistes s'estompe. UMP, PS, MoDem et Verts sont favorables au traité de Lisbonne, désireux d'en finir avec la question institutionnelle qui accapare les Européens depuis Maastricht. Seuls les Verts demandent une constituante européenne.
Le débat ne porte plus sur la construction de l'Europe, mais la manière de la diriger dans le cadre existant pour protéger les Français dans la crise. L'UMP donne la priorité aux gouvernements. L'Europe du droit et des règles est soumise au politique. La Commission est là pour enregistrer les décisions du Conseil européen, pas pour incarner un gouvernement.
Ce n'est pas l'avis du Parti socialiste, qui fait campagne contre la reconduction du président de la Commission, José Manuel Barroso, incarnation à ses yeux de l'Europe libérale. "Le poste important en Europe, c'est le président de la Commission européenne", estime l'eurodéputée socialiste Pervenche Bérès, candidate en Ile-de-France.
"Le PS est européen dans le discours, mais il a eu avec Lionel Jospin une pratique intergouvernementale. Et lorsqu'il a présenté un plan de relance cet hiver, celui-ci était français, pas européen", tempère Daniel Cohn-Bendit, chef de file des Verts. "Nous, nous proposons directement des solutions européennes. C'est un état d'esprit."
Logiquement, l'UMP refuse de renforcer les pouvoirs de Bruxelles. Elle rejette tout impôt européen et toute augmentation du budget communautaire. Le parti postgaulliste préfère la mise en commun des forces nationales, par exemple dans la recherche. "Mutualisation est le mot qui caractérise le mieux le projet européen", estime Michel Barnier, tête de liste UMP en Ile-de-France, qui appelle à de "nouvelles politiques communautaires". Le PS propose au contraire d'augmenter le budget de la Commission et de l'alimenter par un impôt européen. L'idée est défendue par le MoDem et les Verts, qui veulent plus que doubler ce budget qui représenterait 2 % du PIB européen.
A droite, on se contente de "coordonner" les plans de relance. On envisage bien la création d'une caisse des dépôts européenne, pour drainer l'épargne du continent ou le recours à l'emprunt. Mais, note le MoDem, les eurodéputés UMP ont voté contre une résolution du Parlement de Strasbourg favorable à un emprunt européen.
Les autres partis prônent une relance keynésienne plus forte : 100 milliards d'euros pour le PS ; 3 % du PIB européen, soit 400 milliards d'euros pour financer des infrastructures, selon le MoDem, qui fustigeait naguère l'endettement de la France ; les Verts montent à 1 000 milliards d'euros sur cinq ans.
Enfin, l'UMP a réalisé une inflexion majeure sur l'environnement, pour défendre un modèle d'économie sociale de marché durable. Elle propose désormais l'introduction d'une taxe carbone aux frontières de l'Europe, nouvelle déclinaison de la "préférence communautaire". Daniel Cohn-Bendit s'étonne que la droite l'ait refusée lors du Grenelle de l'environnement. Le PS s'est aussi verdi, mais insiste sur le social : il souhaite introduire un smic dans chaque pays européen, prélude à une Europe sociale.
Bref, des divergences devenues peut-être trop classiques pour avoir passionné les Français.
Arnaud Leparmentier
18:14 Publié dans Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note















