vendredi, 10 avril 2009
Sarkozy sans majorité
Les images parlent d'elles-mêmes :
Extrait d'un article de Patrick Roger du Monde (10.04.09)
« Il s'agit bien plus que d'un "couac": la "méthode Sarkozy" est en cause. Sur le texte lui-même, d'abord. Le chef de l'Etat était convaincu que la large palette d'artistes, de producteurs, de distributeurs mobilisés derrière les "accords de l'Elysée" garantirait l'adoption du projet de loi. Celui-ci devait sceller sa réconciliation avec les milieux culturels et "ringardiser" l'opposition, comme le clamait une partie de la majorité.
En définitive, au fil des débats - suivis en permanence par des milliers d'internautes -, c'est le projet du gouvernement qui a pris un coup de vieux. Il est apparu dépassé avant même d'avoir été voté, juridiquement et techniquement incertain, en retard par rapport au "nouveau monde" de la culture qui est en train de naître. Une sorte de "ligne Maginot" qui pourrait même, à court terme, se trouver en porte-à-faux avec le droit européen.
Ces doutes, ces critiques, ces interrogations se sont répandus jusque dans les rangs de la majorité: plus les débats avançaient, moins elle semblait mobilisée. A plusieurs reprises, en séance, des votes ont été acquis d'extrême justesse. A tel point que M.Copé a dû rappeler en réunion de groupe, mardi, la nécessaire présence dans l'Hémicycle.
Beaucoup, au fond d'eux-mêmes se sont demandé s'il était nécessaire de voter ce texte. D'autres ont ouvertement manifesté leur hostilité. Certaines réticences se sont exprimées juste avant le vote, à l'image de Marc Le Fur (UMP, Côtes-d'Armor) qui, faisant part de ses réserves, s'est exclamé: "Il y a les "people", et puis il y a le peuple. Et on a un peu oublié le peuple. Pardonnez-moi de défendre le peuple dans cette enceinte." La défiance du côté de la majorité a ouvert un boulevard à l'opposition, qui a su habilement jouer le coup.
Ce "camouflet" est aussi révélateur d'un malaise plus général entre l'exécutif et le législatif. Entre M.Sarkozy et le Parlement, en dépit de la révision constitutionnelle adoptée en juillet 2008, ce n'est pas l'empathie. Sa manière d'agir et ses décisions contredisent ses déclarations d'intention sur la "revalorisation" du Parlement. Les parlementaires - y compris dans la majorité - acceptent de plus en plus difficilement d'être mis devant le fait accompli.
Sur l'audiovisuel public, le travail du dimanche, l'OTAN et, plus récemment encore, l'encadrement des rémunérations des patrons dont le président de la République n'avait pas souhaité qu'il prenne place dans la loi, ils n'ont pas apprécié d'être "baladés". Sur le texte "création et Internet" ils n'ont pas plus considérés que c'était leur affaire. »
Hadopi est selon moi un mauvais texte, qui représente un combat d'arrière garde concernant Internet et l'inexorable révolution technologique. Ce texte tente encore de limiter le téléchargement et ne créé pas de nouvelles ressources pour les artistes, contrairement à ce que l'on veut nous faire avaler.
Quant à Sarkozy, il n'a jamais été un grand parlementaire au cours de sa carrière politique. Le parlement ce n'est visiblement pas son truc. Dans son action de président, il dérange, énerve, bouscule... tellement que même les députés UMP se rebellent (ou vont à la buvette de l'assemble si un texte les dérange). Je me prends tout de même à rêver que cette situation fera évoluer les choses, la majorité n'acceptant plus d'être un godillot derrière l'Elysée (comme ce fut le cas sous Chirac, celui ci devait avoir plus de tact) !
Dernière réflexion, il est hallucinant pour un français de constater aujourd'hui qu'une loi (aussi importante) aurait pu passer avec 15 voix pour ! (rappelons qu'il y a 577 députés de la république). Au delà de cet épisode et des rapports exécutif/parlement, il faudra tôt ou tard mettre sur la table une organisation des travaux parlementaires qui permettent à TOUS les députés de participer aux votes finaux des textes de lois, à l'image des sessions de votes du parlement européen.
16:09 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, hadopi, parlement
















Commentaires
Rendez-vous le 28 avril pour rejouer le match.
Franchement, tout cela n'est qu'une misérable péripétie mais qui révèle assez bien l'état de délabrement de la démocratie parlementaire en France.
http://exigencedemocratique.blogspot.com/2009/04/sos-democratie-parlementaire-en-deroute.html
Ecrit par : pierre schweitzer | samedi, 11 avril 2009
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