lundi, 30 mars 2009
Le grand pari pour un Grand Paris
« Le grand pari pour un Grand Paris » est le titre de la consultation lancé par l'Etat pour imaginer l'avenir de la métropole parisienne à l'horizon 2030. Dix architectes et d'urbanistes de renom ont remis les conclusions de leurs réflexions devant le comité de pilotage et le conseil scientifique de la consultation, formé de représentants de l'Etat et des collectivités, d'architectes et d'urbanistes.
Passons en revue les grandes lignes de quelques projets d'après des informations communiquées dans la presse.
Du vert partout, c'est la seule solution selon Yves Lion d'éviter les prévisions: un climat aussi chaud que dans le sud de l'Espagne, mais à Paris et dans moins d'un siècle. L'urgence écologique est au cœur du projet de l'architecte Yves Lion. La surface des forêts serait doublée (de 100 à 200 000 hectares -vingt fois Paris) et doterait l'agglomération de limites naturelles. Les espaces verts seraient magnifiés par deux "Central Park": le bois de Vincennes et le parc de la Courneuve. Son objectif: piéger le carbone et faire baisser, à long terme, la température de un à trois degrés.
La reconquête des bords de la Seine (Gennevilliers, Vitry, Evry) et des rives de la Marne (Nogent) figure aussi au rang des ses priorités. Ces réserves foncières inexploitées, demain apprivoisées, deviendraient des terrains constructibles pour des habitations à énergie passive.
Le Grand Paris vu par l'architecte et urbaniste néerlandais Winy Maas et son équipe serait une métropole "Plus". Plus optimiste, plus efficace en terme de transports, plus écologique, c'est-à-dire plus "compacte" en exploitant les terrains en réserve pour se bâtir sur elle-même et tourner le dos à l'étalement urbain. Avec par exemple une tour pour la Sorbonne. Pour accéder à son indépendance énergétique, l'Ile-de-France doit augmenter sa production d'énergie, issue autant que possible de sources renouvelables : panneaux photovoltaïques, utilisation du courant naturel de la Seine, éoliennes aux limites de la Région.
Pour Roland Castro, fidele à lui-même, propose une forme d'utopie urbaine. Il veut faire de la région parisienne un modèle d'égalité républicaine notamment avec la délocalisation du cœur de la capitale de certains ministères afin de les rapatrier en périphérie. Tout un symbole! L'Atelier Castro s'est déjà fait une spécialité de la rénovation des quartiers en difficulté avec des remodelages de grands ensembles.
Il propose également la création de sept lieux emblématiques : L'Agora, nouvelle Assemblée du Grand Paris, prendrait place à la confluence de la Seine et de la Marne. Un nouveau Champ de Mars dédié à la République métissée ; le Canal du Savoir sur l'Ourcq figurerait la "deuxième Sorbonne"; la Foire du monde multipolaire, culturelle et commerciale ; un tronçon de la N305 serait reconverti en Allée des Personnages Illustres. Le Mont Valérien deviendrait le lieu des Mémoires de l'Histoire de France, de la Shoah et de la colonisation. Enfin, le port de Gennevilliers hériterait d'un Opéra.
Le projet d'Antoine Grumbach est certainement le plus ambitieux puisqu'il propose d'étendre l'agglomération parisienne bien au-delà de ses limites administratives sur l'axe Paris-Rouen-Le Havre. La grande échelle est pour lui, la seule capable de répondre aux enjeux de la mondialisation et du développement durable. Et la capitale parisienne aurait alors, comme New York ou Shangaï, son port.
Selon lui, la Vallée de la Seine forgerait une identité commune au Grand Paris du XXIe siècle, qui mêlerait ainsi rural et urbain. Une ligne à grande vitesse relierait Le Havre à Paris en quarante minutes (2h15 aujourd'hui !) avec pour terminus: La Défense. Transformée en boulevard urbain, l'autoroute A13 disposerait de couloirs de transports collectifs et de "conciergeries", sorte de relais multiservices, avec parkings gratuits et commerces, où l'on récupérait le soir ses courses commandées par Internet.
Je trouve que certains projets sont assez irréalistes ou mégalomaniaques, ou encore trop centrés sur la question de l'environnement avec une certaine démagogie. Cette question est « à la mode », et devait être traitée dans le concours, si bien que les architectes ont cru bon d'en faire le plus possible pour montrer leur bonne fois. Or la ville n'a pas besoin « de vert » mais de réponses concrètes à l'étalement urbain, des solutions pour répondre au fort besoin de transport et de mieux maitriser son développement. Sans doute que la communication médiatique ne retient que les éléments les plus futiles, passant sous silence les grands enjeux de l'urbanisme d'aujourd'hui.
C'est en analysant de plus près un projet que j'ai pu en découvrir la réelle qualité de réflexion. Cette rapide analyse porte sur le projet de Christian de Portzamparc.
A grande échelle, son objectif principal est de "casser" le modèle radioconcentrique qui sclérose la région parisienne et de structurer le développement autour de « rhizomes » : de Creil à Marne-la-Vallée, de Saclay au Kremlin-Bicêtre, de Roissy à Plaine de France, sans oublier, bien sûr, le quartier de la Défense. Il y voit là les principaux axes de développement.
L'image du rhizome lui sert de métaphore pour désigner un système en réseau non centré, non arborescent même s'il y a un centre plus fort, par opposition a un système en arborescence dont tout provient de la « graine ». « Dans les rhizomes tout est lié et tout est indépendant pourrait-on dire ».
Cette « figure du rhizome » lui permet de proposer une autre vision que celle radio-concentrée, mais d'évoquer une vision de la ville en archipel de villages où chacun posséderait les fonctions essentielles de la métropole.
Il réalise ensuite une analyse lucide des espaces urbains de périphérie que l'on connait aujourd'hui.
Voici l'illustration de la ville, devenue secteurs juxtaposés, monofonctionnels, enclavés entre des réseaux de transports rapides du type autoroutes ou chemin de fer.
Pour Portzamparc, il est temps de sortir de cette logique et de privilégier ce qu'il appelle la « rue capillaire », une rue traversante, en grille assez régulière.
Néanmoins il récuse l'îlot Haussmannien, tout comme les villes en open-planning. Il propose un nouveau modèle pour occuper l'îlot. Il doit être ouvert ; les bâtiments n'y étant pas nécessairement alignés, mais autonomes les uns par rapport aux autres ce qui assure une grande possibilité de transformation future. Les différences de hauteurs des bâtiments permettent de mieux faire entrer la lumière.
La grande échelle reste importante. Il ne s'agit pas de créer des grilles uniformes sur des kilomètres. De larges trouées permettent de percevoir l'ensemble urbain à grande échelle et de se l'approprier physiquement. C'est cette grande échelle de perception, qui manque presque toujours dans les périphéries. Ainsi Portzamparc propose également de créer des « balises », sorte de programme de bâtiments repères, de belvédères, de tours ou d'extraordinaires éoliennes, visibles de loin. Ce qui est de l'ordre du monumental, au sens de grande échelle est selon lui à réinvestir. Les grands projets tels que l'Arche de la Défense sont aussi une reprise de ce concept. De quoi relancer le débat sur les tours !
Il créé également des « commutateurs métropolitains », des « sites qui, au sein de la métropole, sont en mesure de mettre en relation le global et le local, les fonctions d'ouverture au monde et celles d'organisation de l'espace urbain ». En somme de relier la ville capillaire une foi retissée avec les réseaux de communication rapide.
C'est dans cet esprit, que Christian de Portzamparc a imaginé une grande gare Nord-Europe à Aubervilliers, qui remplacerait les gares du Nord et de l'Est, avec des tours, un centre d'affaires ; à l'image de la gare du terminus de l'Eurostar dans le quartier Saint Pancrace, à Londres. Cette station ultra moderne, située dans l'axe du boulevard Sébastopol, assurerait le trafic voyageur aussi bien vers la capitale anglaise que vers Bruxelles, Amsterdam, Francfort ou ...Strasbourg.
Des terrains libérés par les voies ferrées, accueillerait parcs et immeubles, autour d'une « coulée vertes ».
Pour répondre aux futurs besoins de transport intra-métropolitain, il propose la réalisation d'un métro aérien sur le boulevard l'emprise du boulevard périphérique. Long de 35km, il compterait 22 stations.
Les architectes ont tous affichés un souhait lors de la présentation: ne pas laisser au corps des ingénieurs le soin d'imaginer l'avenir de la capitale. Ils semblent revendiquer une sensibilité architecturale et culturelle qui manquerait si seuls des techniciens se penchaient sur la ville. Attention tout de même, dans ce projet comme pour les autres, la réalisation concrète ne sera pas chose facile.
Les projets issus de cette consultations sont tous ambitieux et donc très couteux ! De plus, une réelle opposition existent entre la ville de Paris, la région Ile-de-France, l'Etat, se qui ne rend pas une décision aisée !
17:56 Publié dans architecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
















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