mardi, 24 mars 2009

Pourquoi réintégrer (pleinement) l'OTAN ?

Nato.jpgJe suis favorable au retour de la France dans le commandement militaire intégré de l'Otan, qui devrait être officialisé la semaine prochaine au sommet de Strasbourg.

 

Le débat tourne à la caricature grossière, et mériterai plus de sérieux. L'opposition, s'oppose ...comme à son habitude dans notre pays, en exploitant le filon de la "singularité universelle" française, de la grandeur supposée, et d'une indépendance qu'elle perdrait en quittant cette posture par rapport à l'OTAN. Il est vrai que l'anti-américanisme a toujours eu un grand résonnement en France.

 

Je suis en désaccord sur la forme qui cultive cette hypocrisie, mais aussi sur le fond, la France étant, dans les faits, déjà pleinement intégrée, les décisions se prenant à l'unanimité, et sachant que l'Europe de la défense n'avancera pas contre l'OTAN.

 

Je renvoie à quelques articles détaillés sur le sujet : ils sont très bien écrits et il me serait impossible de résumer mieux les choses.

 

L'excellent article de Jean Quatremer sur son blog, dont je partage l'analyse :

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/03/ot...

 

La fin d'une hypocrisie, par Nicole Bacharan, qui revient sur les contrevérités que l'on entend bien souvent : http://www.lemeilleurdesmondes.org/A_chaud_Nicole-Bachara...

 

 

Otan : un débat à la française, par Alain Duhamel, Libération, le 19/02/2009, que je publie ici :

 

Contrairement aux Anglo-Saxons qui s'accrochent farouchement aux faits, les Français passent pour être plus sensibles aux apparences qu'à la réalité. Si ce cliché ne s'applique pas à tous les sujets et à tous les personnages, il fonctionne malheureusement à merveille à propos du débat qui commence sur le retour de la France au sein du commandement intégré de l'Otan. On sait que Nicolas Sarkozy a prévu d'annoncer officiellement et solennellement sa décision à l'occasion du 60e anniversaire du Pacte atlantique qui sera célébré les 3 et 4 avril. La plupart de ceux qui s'expriment déjà proclament leur hostilité indignée au retour de la France dans le giron de l'Otan. Les communistes retrouvent les accents de leur croisade anti-Yankees des années 1950. Les socialistes se scandalisent de cet alignement archaïque sur Washington. François Bayrou, héritier direct de la famille politique la plus atlantiste, y voit quasiment une trahison de l'intérêt national. Les post-gaullistes et les souverainistes (Dominique de Villepin, Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan) s'arrachent les cheveux et se couvrent la tête de cendres. L'extrême droite ricane. Ce n'est au total qu'un concert de sarcasmes et de protestations. Personne ne semble s'aviser de cette constatation rustique, prosaïque mais néanmoins intéressante : la France est déjà, de facto, complètement revenue au sein des structures intégrées de l'Otan.

Elle n'a naturellement, même à la grande époque du gaullisme gaullien, jamais quitté le Pacte atlantique et elle n'a donc jamais renié la parole qui l'engageait à se porter aussitôt au secours de tout membre de l'Otan agressé. L'illustre général avait claqué la porte au nez des états majors alliés et avait juré que les troupes françaises resteraient désormais sous commandement exclusivement national. Il n'était pas question de se soustraire pour autant à nos obligations éventuelles. La France avait mauvais caractère, faisait bande à part, mais demeurait un membre loyal du Pacte atlantique et de l'Otan. Depuis l'altière retraite de l'homme du 18 juin, la quasi-totalité du chemin inverse a été parcouru. Sous François Mitterrand, les services de renseignements alliés et ceux de la France ont collaboré vigoureusement. Sous Jacques Chirac, notre pays a réintégré le comité militaire et a négocié le retour pur et simple au sein du commandement militaire : si cela ne s'est pas fait, c'est en raison du refus obtus des Américains d'accorder au président français le grand commandement qu'il revendiquait légitimement pour son pays. Surtout, et c'est là le fait essentiel, la position particulière de la France ne l'a pas empêché de participer activement aux opérations militaires de l'Otan dans les Balkans, en Afrique ou en Afghanistan. Des unités françaises ont combattu et perdu des hommes sous pavillon de l'Otan. La France n'a jamais abandonné le Pacte atlantique et elle remplit toutes ses obligations au sein de l'Otan. Sa seule spécificité est de ne pas appartenir à trois instances (comité des plans de défense, groupe des plans nucléaires, commandement militaire intégré, c'est-à-dire haut état-major). On discute donc fiévreusement à Paris du retour dans l'Otan... Où nous sommes déjà.

On dira qu'un retour protocolaire total sera un faible gain (deux commandements en l'occurrence secondaires) en échange d'une perte essentielle, celle de l'indépendance. C'est ignorer de nouveau les faits : retour absolu ou pas, le Pacte atlantique fonctionne sur le principe de l'unanimité. Sauf agression contre un de ses membres, ne participent à des opérations militaires dans des pays tiers que ceux qui le veulent. La preuve de cette indépendance a d'ailleurs été fournie par l'Allemagne lors de la deuxième guerre du Golfe. Elle a refusé d'y aller et personne n'a pu lui forcer la main. Par ailleurs, les forces nucléaires françaises resteraient hors Otan, sous seul commandement national, la France ne réintégrant pas le groupe des plans nucléaires. Militairement, la France est donc déjà dans l'Otan. La seule question concrète est de savoir si politiquement elle veut retrouver toute sa place ou non. Les socialistes demandent là-dessus un vote du Parlement et ils ont raison.

Toute symbolique qu'elle soit, une décision comme la réintégration officielle justifie amplement que les élus se prononcent. Ils devraient le faire en se posant deux questions : si un rapprochement emblématique avec les Etats-Unis de George W. Bush était peu attirant, en est-il de même avec l'Amérique de Barack Obama ? Et si l'on veut construire une Europe de la défense, à laquelle la Maison Blanche est désormais favorable, le chemin le plus court passe-t-il ou non par le commandement intégré de l'Otan, afin de désarmer les préjugés britanniques ? Pour réussir cette percée, faut-il en somme jouer la confiance ou la défiance ?

 

Enfin le blog de Quindi, les relations internationales vues par un démocrate européen ; c'est très technique, complexe à lire, mais instructif : http://quindi.typepad.com/, dont un article de l'an passé après le sommet de Bucarest : http://www.quindiblog.eu/log/2008/04/quindi-la-diffi.html .

Nato2.jpg

Ecrire un commentaire