dimanche, 31 août 2008

Bonnes feuilles : Nicolas Sarkozy ou l'art de la "fausse rupture"

Extrait de l'ouvrage de Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit lyonnais, proche de François Bayrou, était, en 1983, conseiller de Pierre Mauroy lorsque la gauche a opéré le tournant de la rigueur.

 

en lire plus sur le site du journal Le Monde

 

peyrelevade-petit.jpgUN DÎNER AVEC RAYMOND BARRE

J'eus la chance d'être invité au printemps 2006... à un dîner chez Michel Rocard, donné en l'honneur de Raymond Barre. Ce dernier, physiquement fatigué, était intellectuellement dans une forme éblouissante. Il monopolisa la parole : non qu'il la prît aux autres convives, ce fut comme un mouvement naturel. Il brossa tout d'abord le portrait haut en couleur des présidents de la République qu'il avait connus, cruel pour Jacques Chirac, admiratif et distancié pour François Mitterrand, élogieux pour Valéry Giscard d'Estaing dont il admirait les éminentes qualités ("narcissique, certes, ce qui l'a perdu. Mais homme d'Etat, sans aucun doute. Narcisse, homme d'Etat").

De là nous passâmes tout naturellement à la situation politique du moment. Nous le sentions désabusé, inquiet de la santé du pays et de l'incapacité des dirigeants politiques à résister à la tentation démagogique. Or aucun redressement ne serait possible sans un langage de vérité dont il apparaissait que bien peu auraient le courage de le tenir. Je l'interrompis un court moment : "Mais enfin, Monsieur, combien de temps la France va-t-elle continuer à s'enfoncer avant de réagir ?" Sa voix descendit ton par ton, syllabe par syllabe, du plus aigu jusqu'au plus grave avec une sorte de point d'orgue sur la dernière voyelle : "Monsieur Peyrelevade, encore un quinquennat." La table éclata de rire.

Je ne pus m'empêcher de le relancer : quel événement voyait-il qui provoquerait le sursaut appelé de ses voeux, après une longue période de gouvernements médiocres : "Les Français se réveilleront, répondit-il sérieusement, quand ils constateront une baisse de leur pouvoir d'achat." J'avoue ne pas avoir très bien compris, sur-le-champ, le sens de cette affirmation. Après quelques mois de présidence Sarkozy, j'en admire la prescience. Les Français croyaient avoir élu un réformateur ? Ils ont choisi un agitateur d'idées qui cache sous un vocabulaire de rupture et une multiactivité vibrionnante la continuité immobile de la démagogie et du laxisme chiraquiens. J'espère simplement que le peuple en prendra conscience avant que son pouvoir d'achat ne diminue vraiment. Mais peut-être suis-je trop optimiste, peut-être est-ce Raymond Barre qui avait raison. (...)

LE MAL FRANÇAIS

(...) De quelles maladies sommes-nous atteints ? D'un déficit budgétaire qui fait de nous le plus mauvais élève de la classe européenne, d'un déficit record et qui va continuer à s'aggraver de notre commerce extérieur, de pertes de parts de marché considérables à l'exportation, d'un niveau de chômage parmi les plus élevés des pays développés même s'il diminue, enfin d'un taux de croissance insuffisant, lui-même fruit d'un investissement médiocre et d'une productivité par tête trop basse.

Un tel désordre n'est pas conjoncturel mais structurel : le réglage de notre machine macroéconomique est mauvais. Dit plus simplement, nous essayons continûment de vivre au-dessus de nos moyens, en vain bien entendu, et nous payons sans cesse le coût de ce déni de réalité.

Nulle malédiction, cependant, ne nous asservit à ce triste constat. Mais plutôt, gauche et droite réunies, la longue méconnaissance par nos dirigeants des règles de fonctionnement d'une économie productive. Leur inculture sert trop souvent de paravent à leurs intérêts électoraux. Une pensée unique les anime, la relance par le pouvoir d'achat et la consommation, pensée qu'ils croient favorable au renouvellement de leurs mandats mais nous condamne en fait à une forme de stagnation. François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, en la matière l'immobilisme persistant est hélas plus marqué que la rupture. (...)

L'INVESTISSEMENT,CE MAL-AIMÉ

(...) Le silence règne à propos de l'arbitrage consommation/investissement qui devrait pourtant constituer une question centrale du débat économique. Allons plus loin : à écouter les débats des hommes politiques, on a l'impression que le mot "investissement" est entaché de grossièreté..... Comme si droite et gauche étaient de connivence pour éviter de parler de l'acteur majeur de tout investissement productif, je veux dire l'entreprise, avec ses marges et ses taux de profit. Venant de la gauche française ce n'est, hélas, pas surprenant. De la droite qui nous gouverne, c'est à la fois incompréhensible et inquiétant. (...)

vendredi, 08 août 2008

08082008

JO08_4.JPG
JO08_1.JPG