dimanche, 18 mai 2008

La guerre des centres

par Olivier Picard, DNA 

La guerre des centres ! Il faut se pincer pour être bien sûr qu'on ne rêve pas tant la formule peut paraître baroque. On attend les centristes partout, mais sur un champs de bataille, franchement, c'est inédit. Presque contre nature pour une famille qui, d'ordinaire, déteste plus que tout l'affrontement et les choix cornéliens. Partagée entre MoDem et Nouveau Centre, la voilà déchirée par des stratégies divergentes autant que par les rancunes d'amitiés trahies.  Cruel épisode au moment où la France n'a sans doute jamais été aussi centriste. Avec ses 18,6 % des voix au premier tour de la présidentielle de mai 2007, François Bayrou avait réussi à incarner une force politique rassembleuse entre le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, et celui du PS, Ségolène Royal. Son positionnement sur des thèmes majeurs avait même séduit les électorats de ses deux rivaux, et il avait pu légitimement rêver de devancer l'un ou l'autre pour être présent au second tour.  

Un an plus tard, dans une Ve république qui s'apprête à toiletter ses institutions, la France semble redevenue plus bipolaire que jamais. Mais cette carte politique est paradoxale. Elle ne peut être décalquée sur celles des majorités d'idées qui, elles, débordent largement des frontières traditionnelles de la gauche et de la droite. Ce décalage est-il inévitable ? La réponse à cette question marque précisément la ligne de fracture entre les centristes.  Persuadé qu'il est temps de dépasser les vieux tracés hérités de la France de 1958 et pariant sur l'éclatement du PS, Bayrou veut réorganiser la respiration politique du pays autour d'un pole central dont il serait la figure et l'inspirateur. C'est au nom de cette optique et parce qu'il croit en son destin - avec en ligne de mire le rendez-vous de 2012 - qu'il a choisi la ligne de l'indépendance. Avec le risque de tout perdre en étant broyé par la mécanique électorale...

Fragile, avec peu d'élus, son hésitant MoDem tente de résister à la marginalisation à laquelle l'UMP et le PS veulent le condamner.  Une solitude « suicidaire » pour son ancienne garde rapprochée de l'UDF qui a déserté pour rejoindre la majorité sarkozyste. Le Nouveau Centre d'Hervé Morin et de Jean-Christophe Lagarde affiche, lui, un réalisme assumé, voire fataliste et pour certains, carrément opportuniste. Prisonnier de sa participation au gouvernement, il continue de porter les idées du... candidat Bayrou de 2007, mais sans figures, ni voix, ni courage exagéré, il peine à se faire entendre quand il n'est pas réduit au silence. Sauf quand il pilonne son ancien héros, coupable à ses yeux, d'avoir semblé moins allergique à Ségolène Royal qu'à Nicolas Sarkozy. Les guerres fratricides sont les plus violentes. Et souvent mortelles.

Édition du Dim 18 mai 2008
 

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