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mardi, 18 mars 2008

Les choix de François Bayrou suscitent des critiques au sein du MoDem

La stratégie d'"indépendance" de François Bayrou, fil directeur du leader du MoDem tout au long de la campagne des municipales, est désormais contestée au sein même du mouvement centriste, alors que le scrutin du 16 mars s'est soldé par la défaite de M. Bayrou à Pau et plusieurs revers pour le mouvement, notamment à Paris.

Le leader centriste s'est montré résolu à maintenir le cap, dimanche soir à Pau : "Ce centre fort, nous devons le construire", même si ce n'est "pas facile", a-t-il lancé. Sur la même ligne, la chef de file du MoDem parisien, Marielle de Sarnez, seule rescapée du parti centriste au Conseil de Paris, a assuré que les tentatives du MoDem pour remettre en cause la bipolarisation constituent "un chemin que nous allons poursuivre".

"CHIMÈRE PRÉSIDENTIELLE" DE FRANÇOIS BAYROU

Mais d'autres élus MoDem se sont livrés à une analyse toute différente du résultat des élections : "La stratégie de François Bayrou est suicidaire : il sacrifie ses élus pour une chimère présidentielle", a accusé l'eurodéputé Thierry Cornillet. "Il y avait 118 députés quand François Bayrou est devenu président de l'UDF en 1998, il en reste trois. On a perdu la moitié de notre groupe sénatorial, on n'a quasiment plus d'élus de terrain", a déploré cet ancien président du Parti radical valoisien, préconisant la création d'un courant de centre droit au sein du MoDem.

Tout aussi sévère, le sénateur Jean Arthuis a jugé que les municipales ont montré "l'échec de la stratégie d'autonomie" du MoDem, et réclamé une "réunion d'urgence" de ses instances dirigeantes et de celles de l'UDF, qu'il veut "faire revivre" pour "sortir de ce kaléidoscope incompréhensible et illisible". Il a fait valoir que "les seules élections de membres du MoDem sont le fruit d'alliances avec des formations de droite", comme à Mont-de-Marsan, Saint-Brieuc ou Talence (Gironde).

JEAN-PIERRE RAFFARIN CONSTATE LA "DISPARITION DE M. BAYROU"

La mise en cause de la stratégie élaborée au moment de la campagne pour l'élection présidentielle n'est pas entièrement neuve. Après une première série de défections dans l'immédiat après-présidentielle, le mouvement de M. Bayrou a enregistré de nouveaux départs pendant la campagne des municipales. L'ancien journaliste Jean-Marie Cavada a conduit une liste soutenue par l'UMP dans le 12e arrondissement de Paris et lancé le mouvement "Avenir démocrate", avec les députées européennes Claire Gibault et Janelly Fourtou. Le président sortant du conseil général du Rhône, Michel Mercier, "ami de trente ans" de M. Bayrou, a démissionné de la présidence de la fédération départementale pour protester contre la stratégie d'autonomie adoptée à Lyon.

Ceux qui étaient partis entre les deux tours de la présidentielle pour fonder le Nouveau Centre se sont engouffrés dans la brèche : le président du mouvement, Hervé Morin, a appelé lundi les "déçus" du MoDem à rejoindre son parti, après "l'échec absolu" du mouvement de M. Bayrou aux municipales. L'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin (ex-UDF qui avait rejoint l'UMP en 2002) a, pour sa part, estimé que l'UMP devait "s'ouvrir au centre" après la "disparition de François Bayrou".

lundi, 10 mars 2008

Municipales à Strasbourg : le Modem et la cuisine électorale

Le projet du Modem qui était de rassembler les sensibilités politiques n’a pas été possible à Strasbourg et je le regrette profondément.

La candidature estampillée du Mouvement démocrate aux municipales c’est trompée de voie, confondant l’indépendance et l’isolement, la pugnacité et l’agressivité. Aucune ligne, aucune vision claire  n’a pu être comprise des électeurs. La crise de leadership est réelle.

Il serait naturellement indécent de chercher à se vendre au plus offrant. Le monde politique a besoin d’équilibre et de pluralisme mais il a aussi besoin de clarté et d’honnêteté.

Alors aujourd’hui, on est en droit de se poser une question : ou est passé le courant Centriste humaniste et démocrate ? Certains disent à gauche, sanctionnant une droite décomplexée ou plus récemment sanctionnant les frasques du président Sarkozy.

Mais ce courant centriste est t-il pour autant représenté sur les listes du PS ? Naturellement non !

C’est pour cette raison qu’à titre personnel, j’apporte mon soutien à la liste Union pour Strasbourg de Fabienne Keller où sont représentés les seuls vrais centristes de cette campagne municipale, qui sauront agir avec pragmatisme et efficacité.

Le jour viendra pour réaffirmer un pôle centriste et humaniste fort…

 

mercredi, 05 mars 2008

Le centre de Bayrou ou le triangle des Bermudes

Article du monde du 5 mars 2008 

Le 22 avril 2007, François Bayrou a presque réussi ce pari dont rêvent tous les centristes français depuis un demi-siècle : bousculer les lignes de clivage de la politique hexagonale. C'est-à-dire récuser à la fois la droite et la gauche pour faire émerger une nouvelle force qui prendrait ce qu'il y a de meilleur dans chaque camp : le libéralisme économique de l'un et la préoccupation sociale de l'autre, le tout sur fond d'engagement européen. Avec 18,5 % des voix au premier tour de l'élection présidentielle, il fait mieux que son lointain devancier, Jean Lecanuet, en 1965 (15,5 %), et mieux également que Raymond Barre, en 1988 (16,5 %).

 

Tout, cependant, est dans le "presque". Car, en dépit de ce résultat encourageant, l'implacable logique bipolaire de la Ve République a, une nouvelle fois, dissipé le rêve de François Bayrou au lendemain du premier tour de la présidentielle. Sommé par la droite de soutenir Nicolas Sarkozy, il s'y est refusé pour préserver le capital d'indépendance qu'il avait accumulé depuis 2002, en excluant de rejoindre l'UMP. Invité par Ségolène Royal, dans des conditions rocambolesques, à passer une alliance avec elle, il n'a pas osé franchir le pas.

Les conséquences de cette neutralité ombrageuse ont été immédiates : une majorité de ses électeurs a rejoint le bercail traditionnel de la droite. Quant à la trentaine de députés qui l'avaient suivi jusque-là, la plupart ont préféré arrêter les frais : la menace de l'UMP de leur faire perdre leur siège aux législatives de juin a eu raison de leur audace. Au soir ultime de ce scrutin, l'Assemblée nationale ne comptait plus que trois centristes indépendants, François Bayrou et deux fidèles, tous les autres ayant rallié la majorité pour constituer le courant "Nouveau Centre" et grappiller quelques strapontins dans le gouvernement.

L'aventure de François Bayrou en 2007 est révélatrice de l'impasse dont n'arrive pas à sortir le centrisme français depuis 1958. Le mode de scrutin législatif uninominal à deux tours, puis l'instauration en 1962 de l'élection présidentielle au suffrage universel ont progressivement structuré la vie politique autour des deux grandes coalitions, plus ou moins composites, de la gauche et de la droite. Toutes les tentatives pour installer durablement une troisième force ont tourné court.

Dans les années 1960 et 1970, l'affrontement droite-gauche est trop radical pour laisser le moindre espace significatif à un entre-deux. Ainsi, le Centre démocrate, créé par Jean Lecanuet après la présidentielle de 1965, résistera moins d'une décennie : une partie des centristes rejoint Georges Pompidou dès 1969 et l'autre, Valéry Giscard d'Estaing en 1974. De leur côté, les socialistes, liés par la stratégie mitterrandienne d'union de la gauche avec les communistes, rompent toutes les alliances, notamment municipales, avec les centristes dans les années 1970. Le paysage et les esprits évoluent dans les années 1980 et 1990 : l'exercice du pouvoir par la gauche, l'effacement du PCF, l'émergence d'une extrême droite conquérante et les cohabitations à répétition vont progressivement conduire les deux grands partis de gouvernement (RPR et PS) sur la voie d'une plus grande modération. Mais, du même coup, cela prive un centre autonome de tout espace significatif.

C'est cette tenaille que François Bayrou s'efforce de desserrer depuis une dizaine d'années. Jusqu'à présent sans succès, hormis son coup d'éclat présidentiel. Il a eu beau abandonner le vieux costume de l'UDF pour fonder le Mouvement démocrate (MoDem) en décembre 2007, cela ne lui a pas redonné davantage d'oxygène politique. En revanche, cette mue a aiguisé les tensions entre les nouveaux adhérents et les anciens, moins aventureux.

La stratégie à géométrie variable adoptée pour les élections municipales des 9 et 16 mars démontre les limites de l'autonomie revendiquée. Dans un certain nombre de villes importantes comme Bordeaux, Saint-Brieuc, Arras, Biarritz ou Epinay-sur-Seine, les centristes font alliance avec la droite. Dans d'autres, comme Dijon, Grenoble, Montpellier ou Roubaix, ils ont passé des accords avec les maires de gauche sortants. Ailleurs, comme à Paris, ils ont constitué des listes autonomes et attendent l'entre-deux tours pour négocier un éventuel ralliement, si leur score le leur permet. A l'arrivée, les forces bayrouistes risquent fort d'être happées par une gauche ou par une droite dont elles voudraient s'émanciper.

Gérard Courtois

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