lundi, 30 mars 2009

Le grand pari pour un Grand Paris

PORTZ2.JPG« Le grand pari pour un Grand Paris » est le titre de la consultation lancé par l'Etat pour imaginer l'avenir de la métropole parisienne à l'horizon 2030. Dix architectes et d'urbanistes de renom ont remis les conclusions de leurs réflexions devant le comité de pilotage et le conseil scientifique de la consultation, formé de représentants de l'Etat et des collectivités, d'architectes et d'urbanistes.

Passons en revue les grandes lignes de quelques projets d'après des informations communiquées dans la presse.

 

Du vert partout, c'est la seule solution selon Yves Lion d'éviter les prévisions: un climat aussi chaud que dans le sud de l'Espagne, mais à Paris et dans moins d'un siècle. L'urgence écologique est au cœur du projet de l'architecte Yves Lion. La surface des forêts serait doublée (de 100 à 200 000 hectares -vingt fois Paris) et doterait l'agglomération de limites naturelles. Les espaces verts seraient magnifiés par deux "Central Park": le bois de Vincennes et le parc de la Courneuve. Son objectif: piéger le carbone et faire baisser, à long terme, la température de un à trois degrés.

La reconquête des bords de la Seine (Gennevilliers, Vitry, Evry) et des rives de la Marne (Nogent) figure aussi au rang des ses priorités. Ces réserves foncières inexploitées, demain apprivoisées, deviendraient des terrains constructibles pour des habitations à énergie passive.

Le Grand Paris vu par l'architecte et urbaniste néerlandais Winy Maas et son équipe serait une métropole "Plus". Plus optimiste, plus efficace en terme de transports, plus écologique, c'est-à-dire plus "compacte" en exploitant les terrains en réserve pour se bâtir sur elle-même et tourner le dos à l'étalement urbain. Avec par exemple une tour pour la Sorbonne. Pour accéder à son indépendance énergétique, l'Ile-de-France doit augmenter sa production d'énergie, issue autant que possible de sources renouvelables : panneaux photovoltaïques, utilisation du courant naturel de la Seine,  éoliennes aux limites de la Région.

Pour Roland Castro, fidele à lui-même, propose une forme d'utopie urbaine. Il veut faire de la région parisienne un modèle d'égalité républicaine notamment avec la délocalisation du cœur de la capitale de certains ministères afin de les rapatrier en périphérie. Tout un symbole! L'Atelier Castro s'est déjà fait une spécialité de la rénovation des quartiers en difficulté avec des remodelages de grands ensembles.

Il propose également la création de sept lieux emblématiques : L'Agora, nouvelle Assemblée du Grand Paris, prendrait place à la confluence de la Seine et de la Marne. Un nouveau Champ de Mars dédié à la République métissée ; le Canal du Savoir sur l'Ourcq figurerait la "deuxième Sorbonne"; la Foire du monde multipolaire, culturelle et commerciale ; un tronçon de la N305 serait reconverti en Allée des Personnages Illustres. Le Mont Valérien deviendrait le lieu des Mémoires de l'Histoire de France, de la Shoah et  de la colonisation. Enfin, le port de Gennevilliers hériterait d'un Opéra.

Le projet d'Antoine Grumbach est certainement le plus ambitieux puisqu'il propose d'étendre l'agglomération parisienne bien au-delà de ses limites administratives sur l'axe Paris-Rouen-Le Havre. La grande échelle est pour lui, la seule capable de répondre aux enjeux de la mondialisation et du développement durable. Et la capitale parisienne aurait alors, comme New York ou Shangaï, son port.

Selon lui, la Vallée de la Seine forgerait une identité  commune au Grand Paris du XXIe siècle, qui mêlerait ainsi rural et urbain. Une ligne à grande vitesse relierait Le Havre à Paris en quarante minutes (2h15 aujourd'hui !) avec pour terminus: La Défense. Transformée en boulevard urbain, l'autoroute A13 disposerait de couloirs de transports collectifs et de "conciergeries", sorte de relais multiservices, avec parkings gratuits et commerces, où l'on récupérait le soir ses courses commandées par Internet.

Je trouve que certains projets sont assez irréalistes ou mégalomaniaques, ou encore trop centrés sur la question de l'environnement avec une certaine démagogie. Cette question est « à la mode », et devait être traitée dans le concours, si bien que les architectes ont cru bon d'en faire le plus possible pour montrer leur bonne fois. Or la ville n'a pas besoin « de vert » mais de réponses concrètes à l'étalement urbain, des solutions pour répondre au fort besoin de transport et de mieux maitriser son développement. Sans doute que la communication médiatique ne retient que les éléments les plus futiles, passant sous silence les grands enjeux de l'urbanisme d'aujourd'hui.

C'est en analysant de plus près un projet que j'ai pu en découvrir la réelle qualité de réflexion. Cette rapide analyse porte sur le projet de Christian de Portzamparc.

A grande échelle, son objectif principal est de "casser" le modèle radioconcentrique qui sclérose la région parisienne et de structurer le développement autour de « rhizomes » : de Creil à Marne-la-Vallée, de Saclay au Kremlin-Bicêtre, de Roissy à Plaine de France, sans oublier, bien sûr, le quartier de la Défense. Il y voit là les principaux axes de développement.

L'image du rhizome lui sert de métaphore pour désigner un système en réseau non centré, non arborescent même s'il y a un centre plus fort, par opposition a un système en arborescence dont tout provient de la « graine ». « Dans les rhizomes tout est lié et tout est indépendant pourrait-on dire ».

Cette « figure du rhizome » lui permet de proposer une autre vision que celle radio-concentrée, mais d'évoquer une vision de la ville en archipel de villages où chacun posséderait les fonctions essentielles de la métropole.

Il réalise ensuite une analyse lucide des espaces urbains de périphérie que l'on connait aujourd'hui.

Voici l'illustration de la ville, devenue secteurs juxtaposés, monofonctionnels, enclavés entre des réseaux de transports rapides du type autoroutes ou chemin de fer.

 

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Pour Portzamparc, il est temps de sortir de cette logique et de privilégier ce qu'il appelle la « rue capillaire », une rue traversante, en grille assez régulière.

Néanmoins il récuse l'îlot Haussmannien, tout comme les villes en open-planning. Il propose un nouveau modèle pour occuper l'îlot. Il doit être ouvert ; les bâtiments n'y étant pas nécessairement alignés, mais autonomes les uns par rapport aux autres ce qui assure une grande possibilité de transformation future. Les différences de hauteurs des bâtiments permettent de mieux faire entrer la lumière.

 

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La grande échelle reste importante. Il ne s'agit pas de créer des grilles uniformes sur des kilomètres. De larges trouées permettent de percevoir l'ensemble urbain à grande échelle et de se l'approprier physiquement. C'est cette grande échelle de perception, qui manque presque toujours dans les périphéries. Ainsi Portzamparc propose également de créer des « balises », sorte de programme de bâtiments repères, de belvédères, de tours ou d'extraordinaires éoliennes, visibles de loin. Ce qui est de l'ordre du monumental, au sens de grande échelle est selon lui à réinvestir. Les grands projets tels que l'Arche de la Défense sont aussi une reprise de ce concept. De quoi relancer le débat sur les tours !

Il créé également des « commutateurs métropolitains », des « sites qui, au sein de la métropole, sont en mesure de mettre en relation le global et le local, les fonctions d'ouverture au monde et celles d'organisation de l'espace urbain ». En somme de relier la ville capillaire une foi retissée avec les réseaux de communication rapide.

 

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C'est dans cet esprit, que Christian de Portzamparc a imaginé une grande gare Nord-Europe à Aubervilliers, qui remplacerait les gares du Nord et de l'Est, avec des tours, un centre d'affaires ; à l'image de la gare du terminus de l'Eurostar dans le quartier Saint Pancrace, à Londres. Cette station ultra moderne, située dans l'axe du boulevard Sébastopol, assurerait le trafic voyageur aussi bien vers la capitale anglaise que vers Bruxelles, Amsterdam, Francfort ou ...Strasbourg.

Des terrains libérés par les voies ferrées, accueillerait parcs et immeubles, autour d'une « coulée vertes ».

Pour répondre aux futurs besoins de transport intra-métropolitain, il propose la réalisation d'un métro aérien sur le boulevard l'emprise du boulevard périphérique. Long de 35km, il compterait 22 stations.

Les architectes ont tous affichés un souhait lors de la présentation: ne pas laisser au corps des ingénieurs le soin d'imaginer l'avenir de la capitale. Ils semblent revendiquer une sensibilité architecturale et culturelle qui manquerait si seuls des techniciens se penchaient sur la ville. Attention tout de même, dans ce projet comme pour les autres, la réalisation concrète ne sera pas chose facile.

Les projets issus de cette consultations sont tous ambitieux et donc très couteux ! De plus, une réelle opposition existent entre la ville de Paris, la région Ile-de-France, l'Etat, se qui ne rend pas une décision aisée !

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mardi, 01 juillet 2008

Patrimoine industriel de DMC à Mulhouse

Par  Jean-François Ott DNA

 

L’incendie (et la mise en eau du bâtiment par les pompiers) du 24 mai dernier aurait pu mettre un terme définitif à toute vélléité de sauver ce qui passe comme étant l’élément le plus remarquable du patrimoine industriel mulhousien. Au contraire, il semblerait que ce sinistre ait boosté le projet de réhabilitation qui patinait dans la choucroute depuis quatre ans.

Une victoire pour les défenseurs du patrimoine, qui voient le fleuron du patrimoine industriel mulhousien (c’est la filature la plus ancienne et la plus grande) rester à flots. Et pas que pour eux.

Un terrain d’entente a été enfin trouvé après quatre ans de furieuses négociations pendant lesquels trois projets de réhabilitation ont fait la navette entre la ville, les promoteurs privés, l’architecte et les défenseurs du patrimoine. Après deux échecs successifs, l’architecte Michel Cassaghi a, semble-t-il, enfin réussi à contenter tout le monde, avec son nouveau projet que nous présentons en images ci-dessous (cette présentation complète les deux articles parus dans les DNA du dimanche 29 juin et qui reviennent sur les raisons de la réussite de ce ènième projet et du climat inédit de coopération entre défenseurs du patrimoine et architectes, voire promoteurs que son adoption a engendré).

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lundi, 19 novembre 2007

Mulhouse veut reconquérir ses friches industrielles

23442fa3b2abe5b83638dd39ac4e8558.jpgDans le ventre de la Fonderie, à Mulhouse, des centaines d'étudiants ont remplacé les ouvriers depuis la rentrée universitaire. La longue nef déhanchée de ce bâtiment de la Société alsacienne des constructions mécaniques (SACM), d'où sortaient chaque mois des tonnes de fonte jusque dans les années 1960, a échappé à la démolition qui a souvent guetté les vestiges de l'industrie mulhousienne. Ses arches spectaculaires en béton de 1920 abritent désormais la faculté des sciences économiques, sociales et juridiques.

Grâce à ce tour de force architectural, qui aura nécessité deux ans d'études et quatre ans de chantier, l'ancienne fabrique de locomotives joue un rôle moteur dans la renaissance de l'ensemble de la friche industrielle laissée par le déclin de la SACM. L'opération est exemplaire d'une série de projets similaires entrepris par la municipalité pour faire revenir dans un centre-ville paupérisé des classes moyennes enfuies en banlieue. Avec un levier : "Reconstruire la ville sur elle-même en réutilisant les nombreuses emprises industrielles ou militaires abandonnées en plein centre", décrit Robert Pellissier, le directeur de la Société d'équipement de la région mulhousienne, aménageur de l'agglomération. Et un défi : faire germer logements neufs, activité économique et équipements sans faire table rase d'un patrimoine souvent remarquable, mais qui ne se prête pas aisément à la reconversion. "Le problème de Mulhouse aujourd'hui est moins un problème économique qu'un problème urbain", résume M. Pellissier.

Autour de la Fonderie, la disparition de la SACM a laissé une ZAC de 12 hectares où la plupart des bâtiments ont été rasés. Depuis dix ans, des équipements (une clinique, un hôtel) et quelques immeubles d'habitation se sont implantés sur ce grand terrain encore assez vague. En tout, près de 850 logements sont prévus autour d'un mail végétalisé encore virtuel.

BOÎTE DE VERRE TRANSPARENTE

Mais trouver une affectation à la Fonderie, point central et structurant du futur quartier, n'a pas été une mince affaire. "Personne ne voulait venir s'installer ici, assure le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel. L'université était à l'étroit, mais ne voulait pas entendre parler de ce site, pourtant situé entre le campus et le centre-ville."

L'étude de définition initiée par la ville, remportée par l'agence de Colmar Mongiello et Plisson, associée au cabinet mulhousien Emergence, a permis d'installer dans les 20 000 m2 du bâtiment non seulement l'université de deux mille étudiants, ses quatre amphithéâtres, ses salles de classe et ses bureaux, mais aussi un restaurant universitaire, une bibliothèque, les archives municipales, un centre d'art et la maison de quartier. Le tout pour un coût global de 38 millions d'euros et un résultat aussi spectaculaire que séduisant.

"Il fallait ouvrir sur l'extérieur un bâtiment très fermé, permettre la cohabitation d'entités qui fonctionnent à des heures différentes, mais aussi respecter la logique constructive du bâtiment, valoriser son enveloppe en limitant les ajouts", indique l'architecte Christian Plisson. La vaste travée centrale de la Fonderie a été conservée dans tout son volume, formant une rue de 120 mètres de long et 14 mètres sous plafond, qui dessert le bâtiment.

Boîtes dans la boîte, les nouvelles fonctions sont distribuées dans une structure neuve en béton discrètement raccrochée au squelette historique pour lui communiquer, sans le masquer, des vertus parasismiques qui faisaient dangereusement défaut. L'ajout le plus visible, une boîte de verre transparente posée sur le parvis, sert d'accueil et de sas.

De l'autre côté de ce parvis subsistent 11 hectares de l'ancienne SACM, soit 70 000 m2 d'usines en brique. Des fabricants de moteurs comme Mitsubishi et Wartsila en occupent une partie. La ville, propriétaire de la totalité du site, cherche à créer là un village d'entreprises, manière de ne pas gommer le passé industriel de ce quartier en gestation.

Difficile pourtant, pour une ville de 110 000 habitants, de trouver à faire revivre tant de bâtiments industriels, quand d'autres friches attendent. Les équipements publics ne sont pas multipliables à l'infini et l'argent manque. D'autant plus que la ville est relativement isolée. Pour le maire, qui sollicitera un quatrième mandat en 2008, "l'enjeu du prochain mandat sera de construire le Grand Mulhouse. C'est notre principal handicap. Aujourd'hui, la communauté d'agglomération réunit 172 000 habitants. Il en faudrait 250 000". Une mutualisation des ressources et des infrastructures d'autant plus souhaitée que les communes qui manquent à l'appel sont aussi... les plus riches.

Grégoire Allix
Article paru dans l'édition du Monde du 18.11.07.

 

samedi, 16 septembre 2006

Enquête sur l’avenir du patrimoine du XXème siècle

 

 
A la veille des journées du patrimoine Le Monde publie un article très intéressant sur le patrimoine du XXème siècle encore trop  souvent méconnu ainsi que sur les enjeux de sa préservation :


 

medium_h_3_ill_813262_sapa990724780080.jpgL'architecture du XXe siècle figure en bonne place des 23e Journées européennes du patrimoine, au cours desquelles quelque 15 000 bâtiments et monuments ouvriront leurs portes au public samedi 16 et dimanche 17 septembre. On pourra ainsi visiter, dans le 16e arrondissement de Paris, l'atelier-appartement de Le Corbusier et le Palais d'Iéna, signé Auguste Perret (1939) ; l'ancienne soufflerie Hispano-Suiza à Bois-Colombes, habilement transformée en école en 2005 ; les logements Nemausus de Jean Nouvel à Nîmes (1987) ; la piscine Les Bains, de Bègles, oeuvre Art déco de 1932 qui vient d'être restaurée par Patrick Bouchain.

A Paris, toujours, le ministère des finances, de Paul Chemetov et Borja Huidobro, et la Bibliothèque nationale de France, de Dominique Perrault, seront ouverts à la visite. Ces édifices sont-ils déjà devenus, moins de vingt ans après leur construction, des éléments intangibles de notre patrimoine bâti ? La situation des bâtiments modernes et contemporains est loin d'être aussi simple.


L'intérêt pour les architectures du XXe siècle - voire du XIXe - est relativement nouveau. Il faut attendre les années 1970 pour que les pouvoirs publics se préoccupent de leur protection. La myopie n'est d'ailleurs pas nouvelle quand il s'agit de juger les édifices récents. Vers 1830, Victor Hugo ou Prosper Mérimée, défenseurs acharnés des monuments historiques, n'ont pas de mots assez méprisants sur les constructions du XVIIIe siècle, alors vieilles de quelques décennies : "Des volutes, des noeuds de rubans, des nuages, des vermicelles et des chicorées, le tout en pierre" (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris).

Des bâtisseurs importants du XXe siècle étaient, encore très récemment, victimes de l'indifférence pour leur époque. Les Français Hector Guimard (1867-1942), un des maîtres de l'Art nouveau, et Robert Mallet-Stevens (1886-1945), figure du modernisme, en ont particulièrement fait les frais : leur oeuvre a été en grande partie détruite ou défigurée, illustrant les ratés des dispositifs de sauvegarde du patrimoine architectural.

LA TOUR LOPEZ MENACÉE

Ces mesures de protection sont surtout inefficientes pour nombre de bâtiments dont l'intérêt patrimonial n'est toujours pas reconnu par les pouvoirs publics. C'est le cas, par exemple, de la halle de la Sernam située derrière la gare d'Austerlitz, à Paris. Dessinée en 1927 par Eugène Freyssinet (1879-1962), un des pionniers du béton, elle risque de disparaître en tout ou partie lors du prochain aménagement du quartier.

Même quand il a été accordé, il arrive que le rempart des Monuments historiques cède, comme dans le cas de la Caisse des allocations familiales (CAF) de la rue Viala, dans le 15e arrondissement de Paris. La "tour Lopez" est construite entre 1956 et 1959 par les architectes Raymond Lopez et Marcel Reby, selon des principes fonctionnalistes rigoureux. Alors que la filière béton domine, les deux architectes prennent le parti d'une structure métallique avec des façades en rideau, confiées à l'ingénieur Jean Prouvé. En 1997, la CAF demande un permis de démolir pour réaliser une opération immobilière. Mais une instance de classement est prise par le ministère de la culture et, l'année suivante, la tour Lopez est inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. La CAF fait appel de cette décision. Après un long épisode judiciaire, la CAF l'emporte sur la culture et le bâtiment est "désinscrit" en 2002. Il semble finalement que la tour ne sera pas détruite mais largement modifiée.

En principe, les architectes eux-mêmes disposent de quelques recours pour protéger leur travail, au nom du droit d'auteur. Même si, paradoxalement, il leur est plus facile de s'opposer à la transformation d'un de leurs bâtiments qu'à sa démolition pure et simple. "Le cadre bâti est fait pour évoluer, mais pas n'importe comment. Un architecte peut s'opposer à des modifications s'il estime qu'elles dénaturent son oeuvre, explique-t-on à l'Union nationale des syndicats français d'architectes (Unsfa). Un client n'est pas libre de faire ce qu'il veut avec ce qu'on a construit pour lui."

Il est difficile pour autant de tout figer au nom du patrimoine de demain ou d'un présent à prolonger indéfiniment. Comme il paraît illusoire de vouloir appliquer à ces édifices récents la stricte Charte de Venise, qui entend faire respecter de manière absolue l'intégrité du bâtiment. "Conserver, c'est transformer", soutenait Paul Chemetov. Autrement dit, des choix et des modifications sont souvent nécessaires.

TRANSFORMER SANS DÉNATURER

La récente prise en compte du patrimoine industriel a d'ailleurs modifié la donne. Car, ici, protection rime immanquablement avec transformation. La corderie Delobel à Marcq-en-Baroeul (Nord), qui fonctionnait encore en 2000, est aujourd'hui devenue une médiathèque. Il est évident que des aménagements ont dû être consentis pour concilier son architecture et son nouvel usage. Les Grands Moulins de Paris (1920), de Georges Wybo, et la Halle aux farines (1907), dans le 13e arrondissement, viennent d'être transformés en bâtiments universitaires par les architectes Rudy Ricciotti et Nicolas Michelin. Leur intervention, significative, a néanmoins su préserver la silhouette et l'essentiel de la mémoire de ces édifices. Comme celle de Philippe Robert au coeur de l'ancien hôpital Broussais (1928), aujourd'hui siège de la Croix-Rouge. Ce sera demain le cas des Grands Moulins de Pantin, que Bernard Reichen doit transformer en logements et bureaux.

Ces mutations ne vont pas sans risques, comme le prouve la transformation calamiteuse de la Maison de l'aluminium, à Paris (15e), en siège de la société Nouvelles Frontières. Mais c'est avant tout l'absence de programme et de reconversion dans de nouvelles fonctions qui signe l'arrêt de mort d'édifices jugés ingrats ou trop spécialisés, comme la halle Freyssinet, à Paris, ou, dans le Nord, la minoterie industrielle de Marquette-lez-Lille (1922).

samedi, 05 novembre 2005

En prison, l'architecture au défi de bouger les murs

J'ai trouvé ce très bon article dans Le Monde d'aujourd'hui :

La complexité d'un hôpital, les équipements d'une petite ville, le diktat de la sécurité, un coût de 60 millions d'euros, une capacité d'accueil de 600 personnes dans un carré de 220 mètres de côté clos par un mur de 6 mètres de haut : en résumé, le programme d'une prison. Les architectes, dont les clients attendent le plus souvent confort, volume et lumière, voient ici leur art de concilier les contraintes poussé à sa limite.

Au moment où 200 personnalités signent, dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur du 3 novembre, un appel dénonçant le "scandale carcéral" , une journée de débats sur l'architecture pénitentiaire, organisée à l'auditorium du Louvre, samedi 5 novembre, rappelait que la question architecturale est au coeur de l'histoire des prisons. Et le projet actuel de construction de 13 200 nouvelles places insiste sur l'exigence d'une architecture de qualité.

Pourtant, si la construction de palais de justice attire les bâtisseurs renommés, peu d'entre eux poussent leur collaboration avec l'institution judiciaire jusqu'à la case prison. Architecture Studio est l'une des exceptions : auteur du palais de justice de Caen, cette agence parisienne à la mode a livré trois prisons depuis l'an 2000 et va réaliser la maison d'arrêt de la Réunion.

Pour ceux qui le font, le choix de la prison est aussi un engagement éthique. Guy Autran, référence de l'architecture pénitentiaire en France avec une dizaine d'établissements conçus depuis le milieu des années 1980, estime que "la volonté de la société de punir par l'enfermement doit aussi être assumée par l'architecte, avec l'ambition d'apporter de l'innovation" .

L'innovation : ce maître mot de l'architecture carcérale se heurte d'abord à une exigence absolue, celle de la sécurité, qui dicte ses règles dans tous les domaines. Borja Huidobro, coauteur du ministère des finances avec Paul Chemetov, a conçu pour le groupe Bouygues trois centres pénitentiaires. Le marché a été remporté cet été, les établissements doivent être livrés en 2008. Pour lui, "le risque, c'est que la lecture sécuritaire fasse oublier le travail d'architecte. Nous essayons de convaincre l'administration que la sécurité peut être aussi performante en étant moins dure... On y arrive à petits pas" .

"Il faut chercher dans l'organisation du plan un contrôle de tous les espaces sans que ce soit perceptible ni contraignant, sachant que, sans sécurité, tout serait une contrainte, précise Guy Autran. Par la qualité de ces espaces, il faut ensuite créer un climat grâce auquel les confrontations soient le plus normales possible. Que chacun, détenu et surveillant, admette sa situation."

Premier levier : le plan masse. Depuis le milieu des années 1990, pour gagner en place et en fonctionnalité, des architectes ont convaincu l'administration de placer l'entrée principale dans un angle et organisent les bâtiments d'hébergement et d'équipements collectifs le long des diagonales.

Dans ce concentré de ville, où se côtoient sous contrainte logement, école, travail, sport et hôpital, Guy Autran a inventé un système de "rue intérieure" spacieuse et lumineuse, espace public destiné à donner aux détenus la possibilité d'une vie sociale.

Dans le même esprit, les condamnés sont regroupés en "unités de vie" d'une trentaine de personnes, censées détenir la clé de leur cellule et vaquer librement au sein de l'unité. Des modèles dont la réalité carcérale et les consignes de l'administration limitent la portée : les rues intérieures sont parfois cantonnées au rôle de couloir, les cellules restent fermées et la surpopulation rend illusoire tout assouplissement des procédures.

Deuxième levier : le travail sur les bâtiments, dont l'architecture est "banalisée". "Nous avons traité la partie administrative comme un espace de bureaux classique ; l'entrée comme un hall de gare ou de théâtre ; les bâtiments extérieurs, pour l'accueil des visiteurs, comme les éléments normaux d'une ville" , dit Borja Huidobro. Plus généralement, les maîtres d'oeuvre mettent l'accent sur la lumière du jour, notamment par des verrières zénithales ; un contrôle du bruit ; des perspectives sur l'extérieur ; des déplacements raccourcis. Le jeu des couleurs, des volumes, varie les espaces, atténue la rudesse de l'enceinte pénitentiaire.

Les détails comptent d'autant plus qu'il est devenu difficile pour les architectes d'innover plus en profondeur. Lors des vagues de construction précédentes, comme le programme 13 000 dans les années 1990, le cahier des charges d'une prison tenait en 10 pages. Aujourd'hui, le même document en fait 600. "Auparavant, on avait une obligation de résultat avec une grande liberté de moyens. Depuis, l'administration pénitentiaire s'est forgé une doctrine" , observe Guy Autran.

Christian Demonchy a conçu l'innovant centre de détention de Mauzac (Dordogne) en 1986, organisé en pavillons autour d'une place extérieure, puis a construit avec Noëlle Janet six prisons du programme 13 000 et le centre pénitentiaire de Ducos, en Martinique. Cet architecte est très réservé sur la capacité de la profession à faire bouger les choses. "L'innovation est sur toutes les lèvres, mais les programmes ne la permettent qu'à la marge. Quand on défend son projet, on croit sincèrement avoir innové. Avec le recul, on se rend compte que ça n'a pas changé grand-chose au fond du problème : la vie sociale en prison, qui reste un tabou."

Un autre facteur joue : au lieu de confier des projets à des architectes, puis de les faire réaliser par des entreprises du BTP, le ministère de la justice recourt désormais aux procédures de conception-construction et de partenariat public-privé, qui associent dès l'origine un architecte et une entreprise - ­ laquelle, pour emporter le marché, a intérêt à brider les audaces.

"Nous sommes dans une phase de standardisation , justifie Robert Rouquette, interlocuteur des architectes à la direction de l'administration pénitentiaire. Ces procédures et ces cahiers des charges sont nécessaires pour produire en quantité des places de prison modernes" , alors qu'une bonne partie du parc est dans un état épouvantable.

Dans ces conditions, est-il bien nécessaire de faire encore appel à des architectes ? Robert Rouquette le pense, tout comme Quang-dang Tran, directeur adjoint de l'Agence de maîtrise d'ouvrage des travaux du ministère de la justice, chargée de superviser les constructions. Selon lui, "certains architectes font des propositions inédites qui nous interrogent sur les fondamentaux de la détention. Mais tous n'ont pas le talent et l'humilité pour mener à bien un projet aussi complexe et contraignant". D'autant plus que les équipements socio-éducatifs et les dispositifs de sécurité se sont multipliés au fil des programmes, faisant grimper en dix ans la surface construite d'une prison de 15 % et le prix moyen d'une cellule de 50 % (près de 100 000 euros aujourd'hui).

Pour ces deux fonctionnaires de la justice, c'est aujourd'hui dans les petites structures innovantes comme les établissements pour mineurs que la valeur ajoutée de l'architecture est la plus sensible. Beaucoup d'architectes, eux, désespèrent de pouvoir renouveler le modèle plus répandu des très sécuritaires et surpeuplées maisons d'arrêt, où l'architecture n'a pas encore balisé d'espace social.

Grégoire Allix

samedi, 17 septembre 2005

Une architecture pour réconcilier anciens et modernes

Je vous fais part d’un article intéressant du Figaro cette semaine

FRANÇOIS DE MAZIÈRES : Président de la Cité de l'architecture et du patrimoine.

 

[15 septembre 2005]

 

En février 2007, la Cité de l'architecture et du patrimoine ouvrira ses portes dans le palais du Trocadéro, sur la colline de Chaillot. Par sa taille, son emplacement, la richesse de ses collections, ce centre constituera une référence mondiale et affirmera de façon visible le lien entre la promotion de l'architecture contemporaine et la défense du patrimoine.

 

 

Le XXe siècle aura été marqué par une confrontation parfois brutale entre les partisans de la table rase, désireux de faire place à une nouvelle architecture, et les apôtres de la conservation. On frémit en voyant les tracés du plan Voisin de 1925, transformant le coeur de Paris en lieu futuriste. On s'inquiète tout autant lorsqu' aujourd'hui les projets de construction contemporaine se trouvent systématiquement en butte aux associations de riverains. Entre ces deux extrêmes, la France a vécu le traumatisme des villes nouvelles. L'échec de la plupart des très grands lotissements sociaux de l'après-guerre jusqu'à la construction de la cité du Mirail à Toulouse dans les années 70 prouve combien des conceptions trop ambitieuses peuvent aboutir à des échecs sociaux patents. La nouveauté et la grande taille en architecture font désormais peur, et l'on se réfugie vers les valeurs sûres, les imitations, fussent-elles bien pâles, des styles régionaux – qui rassurent.

Les signes d'une lecture plus sereine des rapports entre l'architecture contemporaine et le patrimoine sont pourtant là. Sans aucun doute, la décentralisation a joué un grand rôle dans cette approche moins conflictuelle. En donnant les clefs de notre esthétique urbaine aux maires, la possibilité pour certains d'entre eux de se différencier sur le terrain de la qualité architecturale est devenue évidente. Vingt ans après les lois de décentralisation, il est assez aisé de voir ceux qui ont réussi leur pari. Généralement, la population plébiscite la combinaison de la valorisation de l'architecture passée avec l'affirmation d'une ambition créatrice. Mais pour quelques exemples réussis, les erreurs sont nombreuses.

C'est là où le développement d'une culture générale de l'architecture apparaît de plus en plus indispensable. Dans un pays fortement centralisé comme l'était à l'origine la France, la responsabilité du contrôle de ces dérapages incombait à l'Etat. Avec la décentralisation, si l'Etat a encore les moyens de prévenir et de sanctionner les fautes les plus patentes, son pouvoir d'intervention au quotidien est devenu limité. Le fonctionnement actuel s'en trouve plus démocratique. La qualité de l'architecture est véritablement entre les mains des élus, représentants des envies de la population.

Le cercle vertueux sur lequel il faut désormais compter est donc : éveil accru de la population aux questions de patrimoine et d'architecture, mobilisation des élus, intérêt croissant des médias sur ces questions de qualité urbaine.

Or, on ne peut qu'être frappé aujourd'hui par l'absence de culture générale sur l'architecture. Nos concitoyens savent citer les noms de grands auteurs ou musiciens, ils sont quasi incapables de citer des noms de grands architectes en dehors de Mansart et Le Corbusier. Situation paradoxale, si l'on prend en compte le caractère éminemment démocratique du patrimoine et de l'architecture, art du quotidien, visible de tous.

Héritière du Musée des monuments français avec sa belle collection de moulages et de peintures murales, mais aussi centre de promotion de l'architecture contemporaine avec la nouvelle galerie moderne et l'Institut français d'architecture, enfin lieu de formation avec l'école de Chaillot, la Cité de l'architecture et du patrimoine trouve sa place en ce début du XXIe siècle face au défi de l'environnement, du développement durable et de la qualité de vie. L'heure n'est plus aux querelles entre Anciens et Modernes, mais au rassemblement des énergies de ceux qui veulent penser la ville de demain en s'appuyant sur les enseignements du passé. Le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, en lançant des journées du patrimoine 2005, s'est donné comme priorité cette synergie du présent et de l'avenir, meilleure garantie d'une culture vivante et de la qualité de notre environnement futur.

mardi, 09 août 2005

Retrouvons l’imagination architecturale pour un nouveau Paris

L’imagination architecturale n’est plus à Paris.
Elle est à Londres, à Amsterdam, à Berlin, à Barcelone. Personne ne conteste ce constat déprimant.

Article à lire sur le blog de Jean-luc Romero : http://romero2008.hautetfort.com/

Ma réaction :

bonjour mr Romero !!
Je suis étudiant en architecture et donc assez sensible a ce type de question !!! je vous appouvre parfaitement, on a besoin à Paris comme ailleur en france de renouer avec l'innovation architecturale qui nous fait tant defaut !!
L'architecture en france souffre d'un grand manque de notoriété due surtout à une pauvreté des connaisances dans le domaine architectural...
Pour beaucoup de gens tour=logement social=béton=c'est de la merde...
et maison individuelle=jardin=c'est génial (pour ne parler que de l'habitat)
Or justement une ville qui ce veut "durable" doit cesser de s'étaller : il faut recourir à plus de densité dans les centres villes en créant des logements collectifs qui ont les qualités de l'individuel... et c'est tout à fait faisable ... si on laisse plancher les architectes avec leur créativité....

MaxG 

dimanche, 07 août 2005

Virulente critique de Frédéric Edelmann, dans le journal Le Monde, sur l’opération urbaine de Cité manifeste à Mulhouse

Article paru dans le journal le monde le 30/07/2005 (je ne l’ai découvert qu’aujourd’hui)

A mulhouse une opération urbanisme décevante

L'histoire de la Cité manifeste à Mulhouse, fort sympathique dans ses débuts, est en train de tourner à la caricature, noyée sous un déluge de communication qui frise la propagande. La Société mulhousienne des cités ouvrières (Somco) est un organisme, né en 1853, qui édifia, au fil du temps, un remarquable ensemble de 1 240 logements sociaux destinés à quelque 10 000 habitants, soit le dixième de la population de la ville. A l'occasion du 150e anniversaire de la Somco, Pierre Zemp, son directeur, a eu l'heureuse idée, au début du troisième millénaire, de faire construire 61 logements supplémentaires, susceptibles de prouver que les architectes sont encore capables d'inventivité ­ - à qui en douterait encore.
Il s'adresse alors à Jean Nouvel, l'architecte du futur Musée des arts premiers du quai Branly à Paris, qui accepte de concevoir un projet mais suggère de coopter d'autres jeunes maîtres d'oeuvre. La construction doit se faire dans le cadre d'un "financement classique" de logement social. Les logements en question reviennent à environ 600 euros le mètre carré ; l'enveloppe globale, qui exclut toute aide supplémentaire de l'Etat ou de la ville, s'élève à un peu plus de 6 millions d'euros, achat et aménagement du terrain compris (une ancienne friche industrielle en bordure de la "cité" historique de la Somco). Pour éviter les dérapages, les travaux, qui devaient initialement se terminer à la date anniversaire de 2003, seront étalés et devraient s'achever cette année. Les loyers tournent autour de 330 euros pour un trois-pièces, plus 40 euros de charges et autant pour le garage.
Outre l'Atelier Jean-Nouvel, la Somco va faire appel à Duncan Lewis, de l'agence Scape Architecture + Block, à Matthieu Poitevin et Pascal Reynaud, d'Art'M Architecture, à Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, ainsi qu'au Japonais Shigeru Ban, avec son traditionnel collaborateur français Jean de Gastines, par ailleurs chargés de construire le prometteur centre Pompidou de Metz.
"Ce projet va marquer un virage dans la conception des logements", a déclaré Jean-Louis Borloo, ministre de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement, appelé à sacraliser cet ensemble. "C'est un virage aussi important que la charte d'Athènes." Et le ministre de dénoncer les "dérives" de l'urbanisme qui ont mené, selon lui, aux "cages à poules" des années 1960, comme si l'histoire du logement s'était arrêtée à Sarcelles pour reprendre à Mulhouse. "Si, pour une fois, le ciment peut reculer un peu...", a-t-il poursuivi.
De fait, l'acier, l'aluminium sous toutes leurs formes, le bois et ses dérivés recomposés, et tous les matériaux plus ou moins nobles ­ - mais pas chers - ­ ont été mis à contribution.
Jean Nouvel livre ici son quota de dix logements sur deux niveaux unifiés par un toit filant en aluminium et individualisés par des variations chromatiques et géométriques. Ils offrent de vastes volumes sans circulation superflue. L'ensemble protège avec adresse et élégance ce petit bout de quartier dont il constitue la porte et l'adresse visible. L'architecte était cependant allé très au-delà en construisant, certes avec des moyens plus importants, l'ensemble de logements Nemausus à Nîmes.
Les quatorze logements de Shigeru Ban se rapprochent, en plus kitsch, et en se distinguant par un principe d'emboîtement plus moderne, des sympathiques maisons de la cité ouvrière voisine. Ceux de Duncan Lewis, chiches en mètres carrés, font un usage immodéré des portiques d'acier et des grillages, que ne compensent pas des promesses de verdure en terrasse. Les Bordelais Lacaton et Vassal restent relativement fidèles à leur inventivité, livrant des modèles aux espaces généreux, sous une apparence très industrielle, le tout assorti de quelques tics moyennement chocs. Poitevin et Raynaud semblent eux aussi être restés dans le registre ordinaire de la cité, et tempèrent leur vocabulaire high-tech par des couleurs très sages.
Oubliant les efforts du plan construction (créé en 1971) comme les effets du programme architecture nouvelle (PAN), qui ont marqué les trois dernières décennies, Matthieu Poitevin aura au moins produit cette perle : "Le logement social n'a pas évolué depuis cinquante ans. Ce genre de projet ne fait que remettre l'architecture dans son temps." Quant à Georges Maurios, l'un des architectes aujourd'hui les plus créatifs en matière de logements, et qui pourrait se sentir visé par de tels propos, il aura ainsi témoigné son admiration : "Chaque maison est un véritable tableau. (...) Chaque maison est presque comme un Mondrian."
L'ensemble de ces constructions, qui fait une vertu de la pauvreté des moyens dévolus au logement social, est au total si inégal et, relativement à l'ambition déclarée, si décevant par son manque d'ampleur, qu'on hésiterait à s'y arrêter si le phénomène de communication qui l'entoure n'était révélateur a contrario de la situation française. Car cet ensemble souligne surtout le désinvestissement général des constructeurs français, tant publics que privés, loin de l'essoufflement prêté à l'imaginaire des architectes (ils n'ont simplement que rarement l'occasion de le faire valoir).
Avec les exceptions d'usage, dont témoigne, Mulhouse compris, l'exposition "Voisins-voisines" présentée jusqu'au 11 septembre à l'Institut français d'architecture (Le Monde du 15 juillet)

Ce mec abuse quand même a propos de cette opération urbaine  certes il y a eu beaucoup de communication de réalisé la dessus mais le résultat n’est pas si mal, pour une fois qu’on parle d’architecture en France.
Evidement avec plus de moyen on peut toujours faire mieux, mais moi je suis de ceux qui pense qu’il vaut mieux à budget constant (et assez serrer pour du logement social) tenter de trouver des innovations pour toujours aller vers un idéal de qualité…
Si M. Edelmann  n’apprécie guerre les propos des architectes moi j’aime moins ceux de notre ministre Borloo :  «Si, pour une fois, le ciment peut reculer un peu... » qui ici frôle la démagogie ( il y a bien sur du ciment et du béton dans ces logements) . Quand un architecte nous parle de réinventer le logement social (« Le logement social n'a pas évolué depuis cinquante ans ») c’est que globalement en France on continu de construire des logements de m…. et qu’aux cages à poules a succédé un éclectisme d’inspiration pseudo rurale (donc rien de vraiment meilleur) !!!

MaxG